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GRP - 150km 9000D+  posté le lundi 14 septembre 2009 09:48

Ce CR, j'hésitais à le diffuser.. je ne voulais en aucun cas que certains portent un faux jugement sur l'organisation du GRP..

Alors je l'ai juste envoyé à quelques amis, puis à l'organisation..

La réponse de Michel m'a bouleversée.. alors j'ai décidé de le diffuser.. en y ajoutant le vrai ressenti de Michel : "Samedi, vers 9h, quand tous ceux qui étaient partis de Villelongue sont arrivés à Cauterets, que j'étais sûr que personne n'était perdu et alors que j'avais passé la nuit à geler, j'ai pleuré de fatigue et de fin du stress accumulé.. les deux semaines suivantes je m'en suis voulu d'avoir trop demandé aux bénévoles, d'avoir été trop exigeant en leur demandant de courir partout, de vouloir le meilleur pour les coureurs.. je me suis posé beaucoup de questions.."

Tant de choses à lire entre ces lignes !

Et si nous, coureurs aux rêves fous, tentions de voir au-delà de notre confort, de notre recherche égoïste du "succès à tout prix".. si nous tentions de voir sous un autre angle.. alors nous pourrions dire que vraiment nous avons atteint "l'esprit trail" !!

Encore merci à tous pour cette extraordinaire aventure humaine (je n'ai cité que Michel dans mon CR pour ne pas alourdir le récit, mais bien sûr il représente l'ensemble des organisateurs et bénévoles du GRP !)

 

 

 

Je m’appelle Chantal, dossard 112.

Je m’appelle Michel, organisateur, BENEVOLE.

(Le texte en italique est produit de la pure imagination de la rédactrice et se veut avant tout un hommage à tous les bénévoles du GRP)

Cette course, j’en rêve depuis des mois.

Les quelques images glanées depuis un an me laissent entrevoir un monde sauvage, grandiose, intime et chaleureux ..

Cette course, j’en rêve depuis des mois.

Rêves ou cauchemars ?

Mon entraînement n’est pas top mais je me sens prête à affronter " la bête ".

On m’a parlé de " parcours très difficile ", " mauvais balisage ", " trop de cailloux ".. mais je n’en ai cure, les cailloux ne me font pas peur et j’accorde ma pleine confiance aux organisateurs !

Il faut penser à tout, du balisage aux ravitos, des inscriptions au matériel, de l’informatique à la gestion des bénévoles.. la liste est infinie.. les heures de travail sont infinies.. mais la motivation et l’envie de faire découvrir la région dans une grande fête de l’amitié sont infinis aussi !

Vielle-Aure !

Quel village magnifique, magique, pur et authentique !

Remise du dossard avec petits cadeaux du terroir (miam miam), papotages détendus avec les quelques têtes connues, pasta party bien garnie, balades en toute décontraction.. la vie est belle !

 

Vielle-Aure a accepté d’accueillir notre course !

Village magnifique, magique, pur et authentique !

Un gsm dans une main, un talkie-walkie collé à l’oreille, l’autre oreille écoute les incessantes questions et les jambes ne cessent d’aller à gauche, à droite, d’un pas pressé, d’un pas de trot.. chapiteau, pc course, salle des fêtes, re chapiteau, re pc course.. l’esprit est en pleine ébullition

Vendredi , 5h du mat.. enfin le départ.

Le cœur bat la chamade.. tant de questions défilent dans ma tête..

Vais-je réussir à passer les premières barrières horaires, vais-je être capable de dominer le terrain chaotique, vais-je tenir éveillée la seconde nuit..

Heureusement j’ai le soutien smstique des amis pour me donner confiance..

 Vendredi, 5h du mat.. enfin le départ.

Le cœur bat la chamade.. tant de questions défilent dans ma tête..

Des coureurs vont-ils se perdre, y en a-t-il qui vont chuter, se blesser.. le matériel informatique va-t-il suivre.. les ravitos seront-ils fins prêts ..


Heureusement, j’ai le soutien de l’équipe ..

 

Chantal, dossard 112, seule face aux kilomètres qui s’égrainent lentement..

Je suis obsédée par le timing, je suis nulle en montées.. et la première barrière horaire m’a l’air serrée.. le stress !

Pourtant tout se passe bien, j’ai de bonnes sensations dans le raidillon du Col de Portet, que j’atteins en 3 heures, dans le timing prévu, puis j’enchaîne les parties techniques sans trop de souci, la météo me convient à merveille (petite bruine et nuages bas), mon estomac laisse tout passer (enfin tout.. tout ce que je digère d’habitude quoi ;-), le balisage est nickel.. et j’atterris à Artigues à midi, une heure avant cette foutue barrière horaire (rien que ce nom me donne des boutons ;-)

 Mais bien sûr cette portion ne se résume pas à un timing, une météo ou des sensations.

Il y a surtout.. il n’y a QUE des paysages à couper le souffle..

Roc et bruyères mêlent leur tons natures pour rehausser la blancheur des cailloux et les bleutés profonds des lacs.

Les sentiers épousent les courbes du relief en se jouant des obstacles qu’ils sautent d’un air taquin.

L’horizon infini frustre mes yeux, trop petits, trop proches.. trop faibles pour emmagasiner le tout dans sa splendeur majestueuse.

Les lacs trônent dans le paysage comme des perles de nacre dans leur étui montagneux, ils s’enchaînent en livrant chacun une beauté particulière : le turquoise pour l’un, la petite taille pour l’autre, les rivages escarpés pour le suivant, les reflets chatoyants des sommets dans l’onde calme pour le dernier.. oh non.. pas le dernier déjà !

Les chevaux sauvages nous gratifient de leur calme élégance que seules les balises semblent perturber (j’en ai vu un qui en arrachait une pour l’emporter dans un galop fougueux !).

Partout les cloches résonnent, son aigu pour les moutons, grave pour les vaches .. parfois étouffé et mystérieux dans le brouillard qui s’épaissit.

Vision de charme ensorcelant de cette brume qui franchit le barrage des Laquets, s’étalant comme une crème onctueuse qui déborde avec force volutes sur les eaux lipides.

Le sommet du Sencours m’offre aussi un court instant de magie : le Pic du Midi se dévoile avec pudeur derrière un voile blanchâtre, fond d’un décor de carte postale.

 

La course , Villelongue.

Tout se passe super bien, même le passage des chaînes ;-) .. heureusement le brouillard nous cache l’aplomb ; certains tronçons chaotiques me rappellent la PTL. J’arrive même à doubler un traileur dans une côte, du jamais vu !

A Hautacam je vois Sandrine emmitouflée sur une chaise, elle me dit qu’elle a froid et faim.. je la bouscule un peu et l’entraîne dans ma course descente vers Villelongue.. 11 km en 1h40.. super ! J’ai une pêche d’enfer ! Les quadriceps me tiraillent un peu mais à part ça pas le moindre bobo, la moindre fatigue, le moindre coup de mou .. le moral est au beau fixe.

Il est 20h40 quand nous arrivons à Villelongue, 2h20 d’avance sur la barrière horaire, mais 1 seule sur mon planning

Sandrine hésite sur le fait de poursuivre ou pas, je la motive un peu et lui dit qu’on va repartir ensemble, je compte m’arrêter ¼ d’heure, maximum 20 min s’il faut l’attendre.

J’enfourne une soupe et quelques pâtes jambon puis m’installe pour " noker " mes pieds.

Il y a 5 à 10 minutes que je suis arrivée à la base de vie. C’est à ce moment qu’un coureur m’annonce la nouvelle : la course est arrêtée ! Je pense qu’il blague mais il insiste et m’en explique les raisons : poste de secours saturé à Turon de Bene, problèmes de sécurité .. je dois donc bien me rendre à l’évidence. Pour la deuxième fois cette année, j’ai l’impression de recevoir un coup de massue sur la tête..

Avec quelques autres coureurs, nous discutons de cette décision mais sommes tous d’accord pour admettre que s’il y a des problèmes de sécurité la raison doit l’emporter !

Puisqu’il en est ainsi je m’octroie un énorme pain saucisson/fromage, enfile des vêtements secs et rejoins Sandrine dans la tente des kinés pour le dessert.

Nakuna y est, il me donne des nouvelles de Gandhi : ça ne va pas , il souffre terriblement d’une tendinite à la patte d’oie (il finira par jeter l’éponge au km 91, après 40 km d’une souffrance devenue insupportable !)

Nous attendons le bus dans la résignation..

Après 45 minutes une autre nouvelle tombe, je retranscris ici le message tel que je l’ai enregistré "ceux qui veulent repartir peuvent le faire mais ils doivent passer un par un devant le médecin puis redémarrer en groupe ; de plus le temps est très mauvais, il y a du brouillard et les balises ne sont pas visibles " : je ressens ce discours comme ambigu et perturbant  ! ! même Monsieur le Maire de Villelongue insiste : il ne faut pas aller en montagne, c’est trop dangereux !

Je pense à redémarrer.. mais durant cette petite heure écoulée mon esprit a sans doute déjà abandonné la partie : je dois me rechanger, me noker, attendre le passage chez le médecin, trouver un groupe qui voudra de moi, espérer que le surplus alimentaire ne me rendra pas malade et tout ça pour quoi ? : risquer de me perdre dans quelques heures, quand le peloton m’aura larguée dans la montée !

Puis j’ai perdu une heure, moi qui suis déjà si proche des barrières horaires.

Je vois un petit groupe qui s’apprête à redémarrer, une dame porte un pantacourt " de ville " ! .. si je me dépêche.. mais non ça me semble impossible et surtout, surtout tout à fait irraisonnable !

Le drame du Mercantour plane dans mon esprit..

 

La course, Villelongue.

Tout se passe bien au niveau des balises, les coureurs ne se perdent pas. L’équipe de bénévoles court en tous sens pour vérifier que tout est en ordre.. Ouf .. pas de problème !

Le poste de secours de Turon de Bene me signale qu’il est débordé : hypothermies, blessures diverses.. la tente est saturée.. vu l’endroit et la nuit venue les évacuations sont difficiles, lentes.. si de nouveaux coureurs sont en difficulté.. il sera impossible de les prendre en charge..

On m’annonce aussi une visibilité réduite sur le Cabaliros, brouillard et nuit conjugués..

Que faire dans ces conditions : il n’y a guère d’autre solution que de neutraliser la course, le temps de procéder aux évacuations..

La procédure est lancée..

Le message passe de talkie-walkie en gsm..

La base de vie de Villelongue est avertie, Hautacam aussi..

Je sais que certains coureurs vont râler, mais la sécurité prime..

 


 

J’attends, le temps passe.. ce temps si précieux aux coureurs (surtout aux derniers, ceux-là même qui ont été arrêtés).. j’attends ..

 

 

 

Enfin les infos sont meilleures.. je peux faire redémarrer la course..

Le stress m’étreint..

 



 
Le drame du Mercantour plane dans mon esprit..

Samedi matin

Après quelques heures passées dans l’auto de Sandrine (mmm on était bien sous la couette J ), nous assistons au départ du " Grand ", ambiance tout aussi chaleureuse que la veille.

Petit déjeuner au bar/tabac où le staff nous offre gentiment un bout d’omelette aux cèpes (ah le bon côté des choses : on abandonnerait rien que pour une bouchée de ce délice !).

Passage au pc course où j’apprends que Gandhi sera bientôt rapatrié à Vielle Aure..

  

La journée passe dans un mélange de mélancolie, de rage, de tristesse, d’alternance culpabilité/ non-culpabilité .. !

  

Samedi matin

Après quelques heures supplémentaires sans sommeil, je passe au pc course.


Papa tient les commandes informatiques depuis plus de 24h.

Ma main se pose sur son épaule, dans un mouvement d’infinie tendresse et de profonde compassion, le ton de la voix est aussi chaud et admiratif que les paroles " ça va Papa, tu tiens le coup ? "


La journée passe dans un mélange de fatigue accumulée, de cogitation intense, d’allers et venues en tous sens..

La remise des prix.

Le podium nous livre une gerbe de paroles émouvantes, tant du côté de Monsieur le Conseiller régional que du côté des vainqueurs : humour, amour, esprit trail s’y côtoient sans faux semblant, sans pudeur mais en toute simplicité : un bonheur inouï emplit l’air comme des myriades de gouttes éclatant dans nos coeurs ..

Et moi je pleure de me sentir solidaire de cette noble famille.
Orguégoïstement je voudrais porter ce t-shirt brun et rose des vainqueurs, de tous les vainqueurs du GRP : ceux qui sont allés au bout !

Mais le bonheur des autres est plus fort que mon petit malheur.. alors je souris à la vie et pense déjà à la revanche !

La remise des prix.

Le podium me livre un profond moment d’émotions.

Je suis heureux

 

Les applaudissements de reconnaissance du public amassé sur la place combinés aux paroles d’amitié des médaillés me vont droit au cœur.

Le bonheur des participants est plus fort que tout.. alors je pense déjà à l’année prochaine !

   

  Chantal, dossard 112, seule face au futur..

Depuis ce vendredi 28/08, je me suis passée et repassée le film des milliers de fois…

Et si j’avais été plus combattive ? Et si j’avais réfléchi plus vite, mieux, autrement ..ou moins ! ? Tout a basculé sans que j’aie eu l’impression de vouloir abandonner.. et si tout au fond c’était ce que je voulais ? ?   Et si j’avais eu d’autres infos ? Et si .. et si.. et si..

Puis est arrivé ce moment où mes yeux se sont ouverts au futur : je referai cette magnifique course l’an prochain, je profiterai pleinement de la beauté des lieux, d’une organisation sans faille, d’un parcours hors norme, des amitiés et de la solidarité du monde du trail..

Oui, c’est sûr, Chantal, dossard xxx prendra le départ pour une nouvelle aventure au GRP en 2010 !

Merci Michel, organisateur, bénévole.. pour et au nom de tous les autres, merci pour ce GRP.. et le suivant ! ;-)

  La Castafiore, août 2009.

Ps pour les Célestes " polonais " : deux frontales avec piles neuves + piles de rechange.. pour ½ heure d’utilisation, même plus peur des chaînes, de l’arrêt ou de l’abandon : cette année j’ai grandi en humilité et en raison ! ! ;-)

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