TOR DES GEANTS - VAL D‘AOSTE - Septembre 2010
Qu'ai-je fait que je n'aurais pas dû faire ?
Que n'ai-je pas fait que j'aurais dû faire ?
Ces questions tournent sans fin dans ma tête jusqu'à me plonger dans un abandon de la réalité, un refus de renaître .. heureusement passager.
J'ai vécu une aventure trop intense, épuisante de joies immenses et de douleurs diffuses, éreintante d'attentes fiévreuses et de bonheurs démesurés !
Mais commençons par le début..
Déjà l'inscription m'aura fait suer.. résoudre une énigme mercatorienne pour accéder au précieux code secret, c'est pas rien !
L'entraînement me semble correct et l'efficace infiltration du talon achève de me rassurer sur mon état de forme pour vaincre le monstre géant.
Le départ et l'heure qui précède est toujours chargé d'une émotion palpable dans l'atmosphère et les Valdotins savent y faire pour exacerber le tout ! C'est les yeux humides et l'esprit enfin libéré des inévitables doutes que je « m'élance » parmi le joyeux troupeau.
Acclamations, encouragements, cris et sons en tous genres fusent de partout, provoquant sourires et pas légers dans le peloton.
Dès les premières minutes la chaleur est au rendez-vous, cette impression de tête-chaudière ne me quittera pas de toute la journée, pourtant je bois, je bois et je bois ..
Le serpentin des traileurs s'étire dans la pente du premier col et à chaque basculement de l'autre côté on entend de fervents bravos .. quelle n'est pas ma surprise lorsque je bascule à mon tour, de ne plus voir personne.. où sont-ils donc tous passés ?
A partir de ce moment je ne verrai plus la « foule » qu'aux bases de vie.
Je rejoins Merca et prends un peu d'avance jusque La Thuile, sachant qu'il me rattrapera dans la montée suivante. Lorsqu'il entre à ce ravito, je le quitte avec Yves.. s'ensuit une discussion sur « l'importance du mental » dans ce type d'épreuve.. moi toujours prétentieusement persuadée que le mental peut TOUT vaincre et permettre d'arriver au bout !
Je suis étonnée de ne pas voir revenir Merca dans la montée suivante et ce n'est qu'au ravito du Refuge Defeyes que je le vois arriver. Il me lance un « ça ne va pas, je crois que je vais arrêter » .. qui me fait bien sourire. « Arrêter ! Rêve toujours ! » lui dis-je tout en sachant qu'il était à des années lumières de le faire réellement !
Je l'attends donc, pour être sûr qu'il ne mette son idée saugrenue en application et nous cheminons ainsi jusqu'à la première base de vie.
Nous passons le col de Crosatie dans le noir profond d'une nuit sans lune et sous un vent qui nous colle aux parois ou nous pousse vers le vide. J'ouvre la marche et le repérage des balises n'est pas toujours aisé dans ces conditions, heureusement Merca me rappelle vite à l'ordre quand je me dirige du mauvais côté !
Valgrisenche : objectif atteint avec 1h20 d'avance sur le précieux planning (enfin sans doute plutôt 1h19 et 08 secondes ;-) ! Petite discussion politicienne pour savoir ce que nous faisons de notre capital.. Merca préfèrerait en profiter pour s'octroyer un repos plus long, moi je préfèrerais jouer les Picsou et capitaliser. Finalement on coupe la poire en deux : ½ heure d'arrêt supplémentaire. Départ prévu à 4h30
Les dortoirs sont encombrés et trouver une paillasse relève du défi.. ouf on me signale un lit qui se libère.. blups le dortoir reste éclairé en permanence.. comment vais-je dormir avec mes paupières transparentes ?
Un mec (terme volontairement utilisé en l'occurrence ;-) est en effet occupé à ramasser son paquetage pour libérer un lit.. le contenu de ses deux sacs est étalé sur le matelas.. et vas-y que je trie.. ce bonbon je le prends ? scratchhh scratcchhh .. non finalement je prendrais plutôt celui-là.. scratch scratchh.. les emballages se font et se défont au gré de ses envies de normand.. et moi j'attends, debout au pied du lit, que monsieur se décide à tout ranger, trier, jauger, peser et sous-peser.. au bout d'un quart d'heure (eh oui.. montre en main.. je suis restée héroïquement stoïque pendant 14 minutes !).. lorsque je le vois entamer un pliage de la couverture au carré, je la lui arrache des mains et bondis sur le lit au milieu de son fatras ! Il réalise enfin qu'il doit déguerpir et fourre tout en vitesse dans ses sacs !
Je bouche mes oreilles de boules quies et tombe aussitôt dans les bras de Morphée.
Tout à coup je me dresse en un temps record sur mon séant.. je regarde ma montre : 4h31 ! blups.. je n'ai pas entendu sonner l'alarme et on devrait déjà être partis ! 10 minutes plus tard je suis prête et ce retard ne semble pas affecter Merca .. ouf !
Passage du premier col de la journée dans un timing encourageant : 20 minutes de gagnées !
Arrive Entrelor, je l'avais trouvé difficile à la reco et dès son entame quelque chose me gêne dans la gorge, comme si un bout de pain rassis y était calé, je crachote pour le libérer mais rien à faire ça coince.. tant pis j'avance en essayant de tenir un rythme correct.. mais je sens bien que quelque chose ne va pas.. sans pouvoir vraiment préciser la nature de ce mal-être grandissant..
Au sommet j'ai mis 30 minutes de plus qu'à la reco, c'est énorme, même si Merca pense que j'en avais fait une obsession qui m'a ralentie, non, il n'y a aucune raison que je sois allée plus lentement qu'à la reco où je me sentais bien plus fatiguée ! La descente vers Eaux Rousses, ne nous permet pas de résorber le retard. On y croise Véro ! Ah Véro et toutes ses marques d'extrême attention, c'est incroyablement revigorant et chaleureux !
J'entame le Loson, point culminant du parcours avec la ferme intention de le passer avant la tombée de la nuit. Ce col est long mais pas spécialement trop pentu dans ses deux premières parties. Dès l'entame le même problème revient , j'étouffe, l'air ne parvient plus à mes poumons.. et je me traîne. 25 minutes de perdues sur la première portion.. Merca s'arrête pour regarder la carte et le planning.. je sais que ça craint, que cette allure va nous mener à la barrière horaire.. dès ce moment c'est décidé, je dois réussir à convaincre Merca de me lâcher.. et la tâche fut ardue ! ! Chiffres à l'appui, l'évidence est là .. mais Merca ne peut se résoudre à me laisser.. encore 30 minutes (ou 40 ?) de perdues dans le second tronçon.. je lui botte les fesses avec toute l'énergie qu'il me reste et enfin il se décide à me dépasser, en m'arrachant la promesse que je continuerai jusqu'à Cogne.
Le dernier regard qu'il me lance me bouleverse.. le regard d'un véritable ami qui lutte entre cœur et raison, qui voudrait tout faire pour m'aider mais qui comprend si bien qu'il n'a plus le choix.. il me dit qu'il posera un caillou au sommet du col pour me montrer qu'il a pensé à moi .. je lui rebotte le popotin avant qu'il ne voit la brume dans mes yeux.. un troupeau de chamois salue cette séparation, que j'espère toujours provisoire.
S'ensuit le calvaire de la montée, juste agrémenté par des bouquetins pas farouches et un superbe coucher de soleil orangé .. j'ai préparé ma frontale alors que le soleil se planquait derrière les sommets j'ai enfilé mes gants et continué à cracher mes poumons entre chaque traileur qui me dépassait.. la situation s'est aggravée avec l'altitude.. mon cœur s'emballe j'ai l'impression qu'il va exploser et jaillir comme une bombe en déchiquetant ma belle veste sur son passage.. et pourtant l'air n'arrive pas mieux à mes poumons, je suis obligée de m'arrêter tous les 4 pas pour que tout se calme un peu.. ces arrêts perpétuels me donnent bien vite froid, la nuit est tombée et le froid est piquant.. mes doigts sont engourdis malgré les 2 paires de gants (plus les mitaines).. pas moyen d'appuyer sur le minuscule bouton de la frontale (décidément, les frontales et moi ça craint !) .. pas d'autre solution que de libérer la main droite pour y voir clair.. mes doigts ont gelés instantanément.. plus moyen de remettre mes gants.. heureusement un gentil italien m'aide et je peux repartir à l'assaut (comment est-ce possible qu'il y ait encore quelqu'un derrière moi ! ?) ! La galère continue et dans un moment d'humour noir je me demande s'il est plus agréable de mourir étouffée, d'une crise cardiaque ou de froid ? ;-))
Un rapide coup d'œil à ma montre dans la descente, quand enfin je me sens mieux.. il est 21h45 ! ! ! J'essaie de gagner du temps et arrive au refuge Sella où les sympathiques bénévoles changent les piles de ma frontale que mes doigts pétrifiés ne peuvent plus saisir.
La descente jusque Cogne, assez technique, se passe néanmoins relativement bien, mais ce n'est qu'à 1h15 que j'y arrive enfin !
Un petit mot de mon chouchou m'y attend.. ahhhhh quel bonheur, je souris et le serre contre moi, précieux cadeau qui me rebooste à fond !
J'ai calculé que si je m'arrête juste 3 heures et que tout se rétablit je pourrai encore finir la course dans les délais. Je mange donc copieusement.. ahhh.. les ravitos.. comme pour tout le reste de l'organisation.. rien à redire, le choix est varié avec produits régionaux, les bénévoles aux petits soins, les sacs perso sont distribués dès le pointage, accompagnés d'une jolie médaille à chaque fois, et en plus tout se fait dans un calme absolu, sans précipitation.. bref vraiment on se sent bien quand on arrive aux bases de vie.
Après les soins habituels je vais m'allonger sur un lit .. oula ! j'ai aussitôt la sensation que je me noie.. je me précipite aux toilettes pour tousser et cracher, je ne voudrais pas réveiller tout le dortoir ! Une seconde tentative conduit au même résultat. Je reste donc assise et tente de m'endormir ainsi.. pas moyen ! Je me décide donc à repartir .. peut-être pourrais-je m'allonger au refuge suivant. Je vois Yves et Le Copère qui se lèvent et leur signale que Merca doit dormir là quelque part et qu'il apprécierait certainement de pouvoir continuer avec eux.
Au départ de Cogne le faux-plat montant se couvre de mes crachats .. je me dis qu'après avoir libéré tout ça il ne devrait rien rester qui encombre encore mes poumons.. hélas les premières marches qui suivent me prouvent le contraire.. 3 marches.. arrêt obligatoire.. je vois un rocher et m'y assois en coupant la frontale.. le nuit m'enveloppe comme le noir enveloppe mon cœur et mes pensées.. et c'est là , effondrée en larmes, que les amis me découvrent.. et arrivent à me persuader de continuer (le col n'est pas trop difficile et après ça descend tout du long jusqu'à la prochaine base de vie).
Je me remets donc en route.
Inutile de décrire la suite.. 20 heures pour parcourir un tronçon prévu en 12 heures.
Chaque fois que j'arrive à un ravito, je suis accueillie comme une championne.. plus besoin de donner mon numéro de dossard, tout le monde sait que « l'ultima concurrenta » porte le 109 ! Bien que je sois de plus en plus proche de la barrière horaire, on me laisse à chaque fois repartir non s'en s'être assuré que je me sentais bien et que j'avais mon gsm à portée de main.
A environ 6 km de Donnas, j'entends des voix crier mon nom « Chantal ? ? » .. bin tiens qui donc me connaît ici ? trois frontales m'éblouissent, non ce n'est pas Alone ;-)).. 3 gars de l'organisation sont venus à ma rencontre, ils s'inquiétaient en voyant que je n'arrivais pas (faut dire qu'une petite montée avant Honne m'avait donné encore du fil à retordre !). Ces jeunes sont d'une gentillesse incroyable, ils veulent porter mon sac (non mais ! !) me donner à boire, à manger.. s'inquiètent pour ma forme, mes jambes, mes pieds.. mais tout va bien ! c'est ça qui est terrible.. je n'ai mal nulle part, mes jambes seraient prêtes à sprinter, pas le moindre bobo, la moindre cloque, mon talon est nickel et je ne me sens même pas fatiguée ! !
Comme ça descend maintenant ils n'ont pas l'air de bien comprendre pourquoi j'ai mis tant de temps à arriver là. Mais dès qu'on rejoint la voie romaine et sa légerissime montée ils saisissent en entendant le sifflement de ma respiration et les expectorations qui s'ensuivent.
Comme je regrette de ne plus avoir vu ces gars par après, j'aurais tant voulu les remercier pour tout, leurs attentions (ils n'ont pas hésité à sonner plusieurs fois au pc course pour me donner des nouvelles du dossard 108 !) et leurs « bavardages » pour me raconter la vie et les coutumes valdotaines.
C'est sous un vivat que j'entre dans la base de vie de Donnas. Ca me gêne terriblement, je me sens si nulle et ces gens qui m'applaudissent comme une héroïne.
Je suis à trois heures de la barrière horaire.. tout est encore possible, si seulement je pouvais me libérer les bronches ! Je me demande combien de temps on peut rester sans dormir et pense à ces deux français qui m'ont dit ne dormir que 1h30 à chaque base de vie. Faut dire qu'ils semblaient aussi maîtriser la micro sieste.. assez marrant d'ailleurs de les voir me dépasser à toute vitesse (enfin évidemment vu que je n'avançais guère dans les montées, ils me semblaient voler !) puis s'arrêter tout à coup, dérouler le tapis au bord du chemin.. s'y allonger.. et me redépassser dans les 5 minutes.. hallucinant !
Les 3 gars qui m'ont accompagnée vont chercher le médecin qui me demande bien gentiment que je le rejoigne pour une consultation.. quand je veux précise-t-il ;-) je mange donc une assiette de pâtes et m'en vais lui demander s'il n'a pas un cachet qui pourrait me libérer aussitôt de mes crachats extraterrestres (ils sont devenus verdâtres ;-).
Il m'ausculte et me dit ne pas pouvoir faire de miracles : 37°8 et inflammation pulmonaire.. il faut des antibiotiques et minimum 2 ou 3 jours pour guérir.. « mais dans 3 jours la course sera finie ».. « non, la course est finie maintenant pour vous, vous ne pouvez reprendre le départ ! »
C'est pas que je ne m'y attendais pas, mais quand même .. c'est très dur..
Je rejoins la table et applaudis les derniers partants, je serre la main de Gigi, queue de peloton si sympa et souriant, qui me confie qu'il n'est pas sûr de pouvoir terminer car c'est très dur ! Je l'encourage du mieux que je peux, confiante en sa réussite !
La navette va m'attendre une heure, le temps que je me douche, que je mange tout ce que le bénévole attentionné vient me porter à table avec excès, que je prenne des nouvelles du 108 et du 115.. vraiment quelle équipe fabuleuse !
On me rapatrie à Courmayeur, pour moi la belle aventure se termine au bout de 150 km, même pas la moitié !
Je crois en avoir fini avec cette course, je ne sais pas encore que je vais vivre une autre course, celle de l'angoisse, de l'impatience, des joies et peines .. celle du trop plein par tous bords !
Je comprends enfin ce que doivent vivre les épouses (et quelques époux ;-) dans la terrible attente de leur compagnon (et quelques compagnes ;-).
Je suis assise dans la sueur de ma fièvre et le râle de ma respiration et je visionne très clairement chacun de leurs pas.. je les vois, là, juste devant moi, je sais leurs attitudes, leurs façons d'évoluer, leurs forces, leurs faiblesses, je sais le terrain qu'ils rencontrent, je sais ce qu'ils peuvent vivre.. et le stress m'envahit peu à peu .. c'est idiot, quand je suis en course, je ne stresse jamais pour les autres et voilà que ça me prend ici dans la solitude de mon carrosse !
Heureusement j'ai des alliés de choix pour m'en sortir : Tof, Cocotte, Caliméro, Mabia, Bourvil, Pumbaa, Glad, Chapi, Sandrine, Fieu, Véro, Lucka.. ma maman et ma sœur (j'en oublie sans doute ; puis il y a sans doute ceux qui pensent à moi, à nous tous les célestes et qui ne le manifestent peut-être pas individuellement).
Et il y a .. Dame Béatrice ! La Dame aux sms improbables, toujours aussi précieux qu'inattendus, efficaces et chaleureux. Elle sait me consoler, me rassurer, m'informer, me faire sourire même .. elle qui est si loin et si près à la fois !
Le pire moment a été le passage entre Ollomont et St Rhemy.. le 108 a passé Ollomont à 9h .. je passe de temps à autres au pc course pour avoir des nouvelles.. à midi rien, à 15h rien, à 18h rien, à 19h .. toujours rien ! 20 km entre les deux pointages.. 10 h d'écoulées et toujours rien.. mon imagination fiévreuse s'emballe et vire à l'angoisse immaîtrisable.. encore une fois Dame Béatrice me sortira de là en me faisant savoir que le pointage en fonctionne plus à St Rhemy ! Fichtre .. mes nerfs étaient à bout, je crois que j'aurais préféré repasser le Losson plutôt que de vivre ça ;-))
Yves et Le Copère viennent troubler ma douloureuse solitude .. ils ont arrêtés. Yves a su faire 200 km (alors qu'il n'a jamais fait plus que 50 km en une traite !) avec un genou en compote et Le Copère n'a pas eu son demi bœuf journalier, ce qui l'a découragé !
Quand on se retrouve sur le parking, l'étreinte ne peut cacher la souffrance, j'ai mal, j'aurais tant voulu les accueillir à Courmayeur et pas à Dolonne !
Lucka en a terminé avec sa moitié de course (super d'avoir fait ça sans entraînement et en off !) ; il me montre les photos de son périple.. il y en a une de mon chouchou.. oh youpie ! je serre l'appareil photo contre mon coeur, ça fait un bien fou ! !
Lucka me propose de l'accompagner à Cretaz où il espère voir passer les frères Dawirs. J'accepte avec grande joie, d'autant que le plan initial où Vero s'était dévouée pour me conduire à Valtouneneche ( ?) voir passer mon homme a échoué.. pour cause d'avancée « trop rapide » de ce dernier.
Je suis si heureuse quand j'entre dans ce hall immense de les voir là, tous sourires et visiblement en forme !
Le Gecko se fait dorloter et soigner par sa chérie. Chouette il a l'air super bien, lui qui craignait pour le manque de sommeil, il s'en sort à merveille ! !
Merca chipote avec ses instruments. Je me propose de l'aider mais il refuse que je change ses piles (il me prend pour une vraie blonde sans doute ;-) par contre il accepte que je lui « nocke » les pieds (bin tiens !) .. et pour qui connaît l'odeur des chaussettes de Merca.. tiens j'irais pas remonter le Losson moi ? ;-)))
On les encourage à fond lorsqu'ils repartent.. qu'est-ce que ça fait du bien de les voir ainsi après les avoir imaginés à l'agonie ;-))
Le vendredi la forme et l'appétit revenant un peu.. je profite de mon bon pour le massage (rien que pour ça on reviendrait.. sauna, hammam, jaccuzi et long massage de pro.. un délice pour le corps et pour l'esprit !) et on s'octroie un petit resto entre âmes en peine.. je mange une portion de tartes aux myrtilles .. en pensant à chaque bouchée à Merca, lui qui adore ça.. je la mange « à sa santé » .. pour qu'il tienne et avance encore et encore sans souci !
L'après-midi j'ai la chance de vivre l'arrivée de Philiot accompagnée du P'ti Yeti et d'un autre concurrent.. grand moment de rires quand l'animateur tente de la faire monter sur les genoux des hommes épuisés (enfin ne parlons pas du P'ti Yeti qui a lu son bouquin pendant la course) .. et que la pyramide s'effondre ;-)
Mais surtout grand moment d'émotion dans ses yeux et dans ceux de sa maman.. je ne sais plus ce qu'elle a dit dans ce micro qui ne voulait la quitter, sauf qu'elle a remercié les coureurs célestes, et ça m'a rendue si fière « d'en faire partie » J
Lorsque nos regards se sont croisés, j'ai senti l'étonnement et la compassion .. merci Isa !
Ce soir mon chouchou doit arriver. Enfin ! !
J'essaie de me reposer mais pas moyen .. à 21h je me dirige déjà vers le centre ville, sachant que je vais devoir attendre longtemps .. mais qu'importe, ainsi je pourrai aussi applaudir les autres arrivants.
Le temps semble s'allonger de manière exponentielle ! Dame Béatrice m'a annoncé 10 concurrents avant lui.. et il en passe un toutes les 30 minutes me semble-t-il.. grrrr..
Je remonte doucement et péniblement vers Villair.
Ah un groupe de 5 d'un coup ! Une bande de joyeux drilles en plus.. on les ententd arriver de loin, tant leurs rires et paroles sont animés de gaieté.. j'apprendrai plus tard que c'est en partie les membres d'une squadra italienne qui a bouclé la PTL .. il y a 3 semaines (« Ad augusta per angusta ».. bien beau nom pour une équipe !).
Lorsque ça commence à monter dans le bois, je me planque derrière un arbre à l'abri du vent et agite une balise (honteusement déplantée pour la cause).. combien de temps cette balise s'est t-elle balancée avec la frénésie de l'attente amoureuse ? ;-) .. le prochain doit être lui, ou plutôt eux puisque Luc l'accompagne depuis quelques temps ..tout à coup une frontale .. tiens une seule ? bizarre et si ce n'était pas lui ? tant pis, je continue à agiter la tige .. c'est un « hep là bas » qui trahit le manque total de surprise qui me précipite dans ses bras .. quel calme, quelle sérénité il affiche à côte de mon excitation irrationnelle !
Une arrivée en pleine nuit, c'est plutôt sympa et intimiste.. puis il y a de la place dans le chalet pour boire et manger à son aise.. avec toujours les attentions des bénévoles !
Anecdote à ce sujet : la navette étant passée, une très charmante bénévole propose de nous ramener à Dolonne avec son véhicule personnel, malgré notre refus elle insiste et insiste encore.. et lorsque nous nous levons pour rentrer à pied, elle se précipite pour nous arrêter et nous dit qu'elle va chercher sa voiture.. devant tant de gentillesse, nous ne pouvons que nous incliner. Deux minutes plus tard elle revient toute confuse : elle n'a pas sa voiture ce soir ! Eclats de rires .. ! ! La pauvre ne s'en remettra pas et viendra encore s'excuser le dimanche lors de la remise des prix.
Le moment qui m'as mise en état de trop plein s'est produit avec l'arrivée de Merca.. fidèle compagnon et ami ..
Les larmes intarissables de l'enchantement de le voir arriver sous les vivats et le champagne !
La force de l'étreinte qui dit tout sans le moindre mot.
Le « j'ai crié pour toi en descendant Bertone » .
La douleur égoïste de penser que « j'aurais dû arriver avec lui ».
L'immense bonheur de sa réussite tant méritée.
Tout se mêle pour faire exploser les émotions par tous les pores de mon être.
Ce trop de trop durera des heures et des heures ... des jours et des jours.. où je me sentirai comme un puits de pétrole qui ne cesse de déborder et dont je n'arrive pas à colmater la fuite !
Une nouvelle aventure qui m'aura marquée au fer rouge, par sa dimension humaine hors du commun.. par sa convivialité de gens au cœur géant.. par sa beauté naturelle incommensurable.. par son originalité enveloppée d'une organisation impeccable.. et par ses leçons de vie uniques !
Merci à tous ceux qui m'ont aidées et m'aideront encore, j'en suis sûre .. si d'aventure je décidais de retenter l'aventure ;-)
