TDG 2010

 

TOR DES GEANTS - VAL D‘AOSTE  - Septembre 2010

 

 

Qu'ai-je fait que je n'aurais pas dû faire ?

Que n'ai-je pas fait que j'aurais dû faire ?

Ces questions tournent sans fin dans ma tête jusqu'à me plonger dans un abandon de la réalité, un refus de renaître .. heureusement passager.

J'ai vécu une aventure trop intense, épuisante de joies immenses et de douleurs diffuses, éreintante d'attentes fiévreuses et de bonheurs démesurés !

 

Mais commençons par le début..

Déjà l'inscription m'aura fait suer.. résoudre une énigme mercatorienne pour accéder au précieux code secret, c'est pas rien !

L'entraînement me semble correct et l'efficace infiltration du talon achève de me rassurer sur mon état de forme pour vaincre le monstre géant.

 

Le départ et l'heure qui précède est toujours chargé d'une émotion palpable dans l'atmosphère et les Valdotins savent y faire pour exacerber le tout ! C'est les yeux humides et l'esprit enfin libéré des inévitables doutes que je « m'élance » parmi le joyeux troupeau.

Acclamations, encouragements, cris et sons en tous genres fusent de partout, provoquant sourires et pas légers dans le peloton.

 

Dès les premières minutes la chaleur est au rendez-vous, cette impression de tête-chaudière ne me quittera pas de toute la journée, pourtant je bois, je bois et je bois ..

Le serpentin des traileurs s'étire dans la pente du premier col et à chaque basculement de l'autre côté on entend de fervents bravos .. quelle n'est pas ma surprise lorsque je bascule à mon tour, de ne plus voir personne.. où sont-ils donc tous passés ?

A partir de ce moment je ne verrai plus la « foule » qu'aux bases de vie.

Je rejoins Merca et prends un peu d'avance jusque La Thuile, sachant qu'il me rattrapera dans la montée suivante. Lorsqu'il entre à ce ravito, je le quitte avec Yves.. s'ensuit une discussion sur « l'importance du mental » dans ce type d'épreuve.. moi toujours prétentieusement persuadée que le mental peut TOUT vaincre et permettre d'arriver au bout !

 

Je suis étonnée de ne pas voir revenir Merca dans la montée suivante et ce n'est qu'au ravito du Refuge Defeyes que je le vois arriver. Il me lance un « ça ne va pas, je crois que je vais arrêter » .. qui me fait bien sourire. « Arrêter ! Rêve toujours ! » lui dis-je tout en sachant qu'il était à des années lumières de le faire réellement !

Je l'attends donc, pour être sûr qu'il ne mette son idée saugrenue en application et nous cheminons ainsi jusqu'à la première base de vie.

Nous passons le col de Crosatie dans le noir profond d'une nuit sans lune et sous un vent qui nous colle aux parois ou nous pousse vers le vide. J'ouvre la marche et le repérage des balises n'est pas toujours aisé dans ces conditions, heureusement Merca me rappelle vite à l'ordre quand je me dirige du mauvais côté !

 Valgrisenche : objectif atteint avec 1h20 d'avance sur le précieux planning (enfin sans doute plutôt 1h19 et 08 secondes ;-) ! Petite discussion politicienne pour savoir ce que nous faisons de notre capital.. Merca préfèrerait en profiter pour s'octroyer un repos plus long, moi je préfèrerais jouer les Picsou et capitaliser. Finalement on coupe la poire en deux : ½ heure d'arrêt supplémentaire. Départ prévu à 4h30

Les dortoirs sont encombrés et trouver une paillasse relève du défi.. ouf on me signale un lit qui se libère.. blups le dortoir reste éclairé en permanence.. comment vais-je dormir avec mes paupières transparentes ?

 Un mec (terme volontairement utilisé en l'occurrence ;-) est en effet occupé à ramasser son paquetage pour libérer un lit.. le contenu de ses deux sacs est étalé sur le matelas.. et vas-y que je trie.. ce bonbon je le prends ? scratchhh scratcchhh .. non finalement je prendrais plutôt celui-là.. scratch scratchh.. les emballages se font et se défont au gré de ses envies de normand..  et moi j'attends, debout au pied du lit, que monsieur se décide à tout ranger, trier, jauger, peser et sous-peser.. au bout d'un quart d'heure (eh oui.. montre en main.. je suis restée héroïquement stoïque pendant 14 minutes !).. lorsque je le vois entamer un pliage de la couverture au carré, je la lui arrache des mains et bondis sur le lit au milieu de son fatras ! Il réalise enfin qu'il doit déguerpir et fourre tout en vitesse dans ses sacs !

Je bouche mes oreilles de boules quies et tombe aussitôt dans les bras de Morphée.

Tout à coup je me dresse en un temps record sur mon séant.. je regarde ma montre : 4h31 ! blups.. je n'ai pas entendu sonner l'alarme et on devrait déjà être partis ! 10 minutes plus tard je suis prête et ce retard ne semble pas affecter Merca .. ouf !

 

Passage du premier col de la journée dans un timing encourageant : 20 minutes de gagnées !

Arrive Entrelor, je l'avais trouvé difficile à la reco  et dès son entame quelque chose me gêne dans la gorge, comme si un bout de pain rassis y était calé, je crachote pour le libérer mais rien à faire ça coince.. tant pis j'avance en essayant de tenir un rythme correct.. mais je sens bien que quelque chose ne va pas.. sans pouvoir vraiment préciser la nature de ce mal-être grandissant..

Au sommet j'ai mis 30 minutes de plus qu'à la reco, c'est énorme, même si Merca pense que j'en avais fait une obsession qui m'a ralentie, non, il n'y a aucune raison que je sois allée plus lentement qu'à la reco où je me sentais bien plus fatiguée ! La descente vers Eaux Rousses, ne nous permet pas de résorber le retard. On y croise Véro ! Ah Véro et toutes ses marques d'extrême attention, c'est incroyablement revigorant et chaleureux !

 J'entame le Loson, point culminant du parcours avec la ferme intention de le passer avant la tombée de la nuit. Ce col est long mais pas spécialement trop pentu dans ses deux premières parties. Dès l'entame le même problème revient , j'étouffe, l'air ne parvient plus à mes poumons.. et je me traîne. 25 minutes de perdues sur la première portion.. Merca s'arrête pour regarder la carte et le planning.. je sais que ça craint, que cette allure va nous mener à la barrière horaire.. dès ce moment c'est décidé, je dois réussir à convaincre Merca de me lâcher.. et la tâche fut ardue ! ! Chiffres à l'appui, l'évidence est là .. mais Merca ne peut se résoudre à me laisser.. encore 30 minutes (ou 40 ?) de perdues dans le second tronçon.. je lui botte les fesses avec toute l'énergie qu'il me reste et enfin il se décide à me dépasser, en m'arrachant la promesse que je continuerai jusqu'à Cogne.

  Le dernier regard qu'il me lance me bouleverse.. le regard d'un véritable ami qui lutte entre cœur et raison, qui voudrait tout faire pour m'aider mais qui comprend si bien qu'il n'a plus le choix.. il me dit qu'il posera un caillou au sommet du col pour me montrer qu'il a pensé à moi .. je lui rebotte le popotin avant qu'il ne voit la brume dans mes yeux.. un troupeau de chamois salue cette séparation, que j'espère toujours provisoire.

 S'ensuit le calvaire de la montée, juste agrémenté par des bouquetins pas farouches et un superbe coucher de soleil orangé  .. j'ai préparé ma frontale alors que le soleil se planquait derrière les sommets j'ai enfilé mes gants et continué à cracher mes poumons entre chaque traileur qui me dépassait.. la situation s'est aggravée avec l'altitude.. mon cœur s'emballe  j'ai l'impression qu'il va exploser et jaillir comme une bombe en déchiquetant ma belle veste sur son passage.. et pourtant l'air n'arrive pas mieux à mes poumons, je suis obligée de m'arrêter tous les 4 pas pour que tout se calme un peu.. ces arrêts perpétuels me donnent bien vite froid, la nuit est tombée et le froid est piquant.. mes doigts sont engourdis malgré les 2 paires de gants (plus les mitaines).. pas moyen d'appuyer sur le minuscule bouton de la frontale (décidément, les frontales et moi ça craint !) .. pas d'autre solution que de libérer la main droite pour y voir clair.. mes doigts ont gelés instantanément.. plus moyen de remettre mes gants.. heureusement un gentil italien m'aide et je peux repartir à l'assaut  (comment est-ce possible qu'il y ait encore quelqu'un derrière moi ! ?) ! La galère continue et dans un moment d'humour noir je me demande s'il est plus agréable de mourir étouffée, d'une crise cardiaque ou de froid ? ;-))

Un rapide coup d'œil à ma montre dans la descente, quand enfin je me sens mieux.. il est 21h45 ! ! ! J'essaie de gagner du temps et arrive au refuge Sella où les sympathiques bénévoles changent les piles de ma frontale que mes doigts pétrifiés ne peuvent plus saisir.

 La descente jusque Cogne, assez technique, se passe néanmoins relativement bien, mais ce n'est qu'à 1h15 que j'y arrive enfin !

Un petit mot de mon chouchou m'y attend.. ahhhhh quel bonheur, je souris et le serre contre moi, précieux cadeau qui me rebooste à fond !

J'ai calculé que si je m'arrête juste 3 heures et que tout se rétablit je pourrai encore finir la course dans les délais. Je mange donc copieusement.. ahhh.. les ravitos.. comme pour tout le reste de l'organisation.. rien à redire, le choix est varié avec produits régionaux, les bénévoles aux petits soins, les sacs perso sont distribués dès le pointage, accompagnés d'une jolie médaille à chaque fois, et en plus tout se fait dans un calme absolu, sans précipitation.. bref vraiment on se sent bien quand on arrive aux bases de vie.

Après les soins habituels je vais m'allonger sur un lit .. oula ! j'ai aussitôt la sensation que je me noie.. je me précipite aux toilettes pour tousser et cracher, je ne voudrais pas réveiller tout le dortoir ! Une seconde tentative conduit au même résultat. Je reste donc assise et tente de m'endormir ainsi.. pas moyen ! Je me décide donc à repartir .. peut-être pourrais-je m'allonger au refuge suivant. Je vois Yves et Le Copère qui se lèvent et leur signale que Merca doit dormir là quelque part et qu'il apprécierait certainement de pouvoir continuer avec eux.

 

Au départ de Cogne le faux-plat montant se couvre de mes crachats .. je me dis qu'après avoir libéré tout ça il ne devrait rien rester qui encombre encore mes poumons.. hélas les premières marches qui suivent me prouvent le contraire.. 3 marches.. arrêt obligatoire.. je vois un rocher et m'y assois en coupant la frontale.. le nuit m'enveloppe comme le noir enveloppe mon cœur et mes pensées.. et c'est là , effondrée en larmes, que les amis me découvrent.. et arrivent à me persuader de continuer (le col n'est pas trop difficile et après ça descend tout du long jusqu'à la prochaine base de vie).

Je me remets donc en route.

 Inutile de décrire la suite.. 20 heures pour parcourir un tronçon prévu en 12 heures.

Chaque fois que j'arrive à un ravito, je suis accueillie comme une championne.. plus besoin de donner mon numéro de dossard, tout le monde sait que « l'ultima concurrenta » porte le 109 ! Bien que je sois de plus en plus proche de la barrière horaire, on me laisse à chaque fois repartir non s'en s'être assuré que je me sentais bien et que j'avais mon gsm à portée de main.

 A environ 6 km de Donnas, j'entends des voix crier mon nom « Chantal ? ? » .. bin tiens qui donc me connaît ici ? trois frontales m'éblouissent, non ce n'est pas Alone ;-)).. 3 gars de l'organisation sont venus à ma rencontre, ils s'inquiétaient en voyant que je n'arrivais pas (faut dire qu'une petite montée avant Honne m'avait donné encore du fil à retordre !). Ces jeunes sont d'une gentillesse incroyable, ils veulent porter mon sac (non mais ! !) me donner à boire, à manger.. s'inquiètent pour ma forme, mes jambes, mes pieds.. mais tout va bien ! c'est ça qui est terrible.. je n'ai mal nulle part, mes jambes seraient prêtes à sprinter, pas le moindre bobo, la moindre cloque, mon talon est nickel et je ne me sens même pas fatiguée ! !

Comme ça descend maintenant ils n'ont pas l'air de bien comprendre pourquoi j'ai mis tant de temps à arriver là. Mais dès qu'on rejoint la voie romaine et sa légerissime montée ils saisissent en entendant le sifflement de ma respiration et les expectorations qui s'ensuivent.

Comme je regrette de ne plus avoir vu ces gars par après, j'aurais tant voulu les remercier pour tout, leurs attentions (ils n'ont pas hésité à sonner plusieurs fois au pc course pour me donner des nouvelles du dossard 108 !) et leurs « bavardages » pour me raconter la vie et les coutumes valdotaines.

 C'est sous un vivat que j'entre dans la base de vie de Donnas. Ca me gêne terriblement, je me sens si nulle et ces gens qui m'applaudissent comme une héroïne.

Je suis à trois heures de la barrière horaire.. tout est encore possible, si seulement je pouvais me libérer les bronches ! Je me demande combien de temps on peut rester sans dormir et pense à ces deux français qui m'ont dit ne dormir que 1h30 à chaque base de vie. Faut dire qu'ils semblaient aussi maîtriser la micro sieste.. assez marrant d'ailleurs de les voir me dépasser à toute vitesse (enfin évidemment vu que je n'avançais guère dans les montées, ils me semblaient voler !) puis s'arrêter tout à coup, dérouler le tapis au bord du chemin.. s'y allonger.. et me redépassser dans les 5 minutes.. hallucinant !

Les 3 gars qui m'ont accompagnée vont chercher le médecin qui me demande bien gentiment que je le rejoigne pour une consultation.. quand je veux précise-t-il ;-) je mange donc une assiette de pâtes et m'en vais lui demander s'il n'a pas un cachet qui pourrait me libérer aussitôt de mes crachats extraterrestres (ils sont devenus verdâtres ;-).

  Il m'ausculte et me dit ne pas pouvoir faire de miracles : 37°8 et inflammation pulmonaire.. il faut des antibiotiques et minimum 2 ou 3 jours pour guérir..  « mais dans 3 jours la course sera finie ».. « non, la course est finie maintenant pour vous, vous ne pouvez reprendre le départ ! »

C'est pas que je ne m'y attendais pas, mais quand même .. c'est très dur..

Je rejoins la table et applaudis les derniers partants, je serre la main de Gigi, queue de peloton si sympa et souriant,  qui me confie qu'il n'est pas sûr de pouvoir terminer car c'est très dur ! Je l'encourage du mieux que je peux, confiante en sa réussite !

 La navette va m'attendre une heure, le temps que je me douche, que je mange tout ce que le bénévole attentionné vient me porter à table avec excès, que je prenne des nouvelles du 108 et du 115.. vraiment quelle équipe fabuleuse !

On me rapatrie à Courmayeur, pour moi la belle aventure se termine au bout de 150 km, même pas la moitié !

 

Je crois en avoir fini avec cette course, je ne sais pas encore que je vais vivre une autre course, celle de l'angoisse, de l'impatience, des joies et peines .. celle du trop plein par tous bords !

 Je comprends enfin ce que doivent vivre les épouses (et quelques époux ;-) dans la terrible attente de leur compagnon (et quelques compagnes ;-).

Je suis assise dans la sueur de ma fièvre et le râle de ma respiration et je visionne très clairement chacun de leurs pas.. je les vois, là, juste devant moi, je sais leurs attitudes, leurs façons d'évoluer, leurs forces, leurs faiblesses, je sais le terrain qu'ils rencontrent, je sais ce qu'ils peuvent vivre.. et le stress m'envahit peu à peu .. c'est idiot, quand je suis en course, je ne stresse jamais pour les autres et voilà que ça me prend ici dans la solitude de mon carrosse !

 Heureusement j'ai des alliés de choix pour m'en sortir : Tof, Cocotte, Caliméro, Mabia, Bourvil, Pumbaa, Glad, Chapi, Sandrine, Fieu, Véro, Lucka.. ma maman et ma sœur (j'en oublie sans doute ; puis il y a sans doute ceux qui pensent à moi, à nous tous les célestes et qui ne le manifestent peut-être pas individuellement).

Et il y a .. Dame Béatrice ! La Dame aux sms improbables, toujours aussi précieux qu'inattendus, efficaces et chaleureux. Elle sait me consoler, me rassurer, m'informer, me faire sourire même .. elle qui est si loin et si près à la fois !

 Le pire moment a été le passage entre Ollomont et St Rhemy.. le 108 a passé Ollomont à 9h .. je passe de temps à autres au pc course pour avoir des nouvelles.. à midi rien, à 15h rien, à 18h rien, à 19h .. toujours rien ! 20 km entre les deux pointages.. 10 h d'écoulées et toujours rien.. mon imagination fiévreuse s'emballe et vire à l'angoisse immaîtrisable.. encore une fois Dame Béatrice me sortira de là en me faisant savoir que le pointage en fonctionne plus à St Rhemy ! Fichtre .. mes nerfs étaient à bout, je crois que j'aurais préféré repasser le Losson plutôt que de vivre ça ;-))

  

Yves et Le Copère viennent troubler ma douloureuse solitude .. ils ont arrêtés. Yves a su faire 200 km (alors qu'il n'a jamais fait plus que 50 km en une traite !) avec un genou en compote et Le Copère n'a pas eu son demi bœuf journalier, ce qui l'a découragé !

Quand on se retrouve sur le parking, l'étreinte ne peut cacher la souffrance, j'ai mal, j'aurais tant voulu les accueillir à Courmayeur et pas à Dolonne !

 Lucka en a terminé avec sa moitié de course (super d'avoir fait ça sans entraînement et en off !) ; il me montre les photos de son périple.. il y en a une de mon chouchou.. oh youpie ! je serre l'appareil photo contre mon coeur, ça fait un bien fou ! !

Lucka me propose de l'accompagner à Cretaz où il espère voir passer les frères Dawirs. J'accepte avec grande joie, d'autant que le plan initial où Vero s'était dévouée pour me conduire à Valtouneneche ( ?) voir passer mon homme a échoué.. pour cause d'avancée « trop rapide » de ce dernier.

 Je suis si heureuse quand j'entre dans ce hall immense de les voir là, tous sourires et visiblement en forme  !

Le Gecko se fait dorloter et soigner par sa chérie. Chouette il a l'air super bien, lui qui craignait pour le manque de sommeil, il s'en sort à merveille ! !

Merca chipote avec ses instruments. Je me propose de l'aider mais il refuse que je change ses piles (il me prend pour une vraie blonde sans doute ;-) par contre il accepte que je lui « nocke » les pieds (bin tiens !) .. et pour qui connaît l'odeur des chaussettes de Merca.. tiens j'irais pas remonter le Losson moi ? ;-)))

On les encourage à fond lorsqu'ils repartent.. qu'est-ce que ça fait du bien de les voir ainsi après les avoir imaginés à l'agonie ;-))

 

Le vendredi la forme et l'appétit revenant un peu.. je profite de mon bon pour le massage (rien que pour ça on reviendrait.. sauna, hammam, jaccuzi et long massage de pro.. un délice pour le corps et pour l'esprit !) et on s'octroie un petit resto entre âmes en peine.. je mange une portion de tartes aux myrtilles .. en pensant à chaque bouchée à Merca, lui qui adore ça.. je la mange « à sa santé » .. pour qu'il tienne et avance encore et encore sans souci !

 L'après-midi j'ai la chance de vivre l'arrivée de Philiot accompagnée du P'ti Yeti et d'un autre concurrent.. grand moment de rires quand l'animateur tente de la faire monter sur les genoux des hommes épuisés (enfin ne parlons pas du P'ti Yeti qui a lu son bouquin pendant la course) .. et que la pyramide s'effondre ;-) 

Mais surtout grand moment d'émotion dans ses yeux et dans ceux de sa maman.. je ne sais plus ce qu'elle a dit dans ce micro qui ne voulait la quitter, sauf qu'elle a remercié les coureurs célestes, et ça m'a rendue si fière « d'en faire partie » J

Lorsque nos regards se sont croisés, j'ai senti l'étonnement et la compassion .. merci Isa !

 

Ce soir mon chouchou doit arriver. Enfin ! !

J'essaie de me reposer mais pas moyen .. à 21h je me dirige déjà vers le centre ville, sachant que je vais devoir attendre longtemps .. mais qu'importe, ainsi je pourrai aussi applaudir les autres arrivants.

Le temps semble s'allonger de manière exponentielle ! Dame Béatrice m'a annoncé 10 concurrents avant lui.. et il en passe un toutes les 30 minutes me semble-t-il.. grrrr..

 Je remonte doucement et péniblement vers Villair.

Ah un groupe de 5 d'un coup ! Une bande de joyeux drilles en plus.. on les ententd arriver de loin, tant leurs rires et paroles sont animés de gaieté.. j'apprendrai plus tard que c'est en partie les membres d'une squadra italienne qui a bouclé la PTL .. il y a 3 semaines (« Ad augusta per angusta ».. bien beau nom pour une équipe !).

 Lorsque ça commence à monter dans le bois, je me planque derrière un arbre à l'abri du vent et agite une balise (honteusement déplantée pour la cause).. combien de temps cette balise s'est t-elle balancée avec la frénésie de l'attente amoureuse ? ;-) .. le prochain doit être lui, ou plutôt eux puisque Luc l'accompagne depuis quelques temps ..tout à coup une frontale .. tiens une seule ? bizarre et si ce n'était pas lui ? tant pis, je continue à agiter la tige .. c'est un « hep là bas » qui trahit le manque total de surprise qui me précipite dans ses bras .. quel calme, quelle sérénité il affiche à côte de mon excitation irrationnelle !

 Une arrivée en pleine nuit, c'est plutôt sympa et intimiste.. puis il y a de la place dans le chalet pour boire et manger à son aise.. avec toujours les attentions des bénévoles !

Anecdote à ce sujet : la navette étant passée, une très charmante bénévole propose de nous ramener à Dolonne avec son véhicule personnel, malgré notre refus elle insiste et insiste encore.. et lorsque nous nous levons pour rentrer à pied, elle se précipite pour nous arrêter et nous dit qu'elle va chercher sa voiture.. devant tant de gentillesse, nous ne pouvons que nous incliner. Deux minutes plus tard elle revient toute confuse : elle n'a pas sa voiture ce soir ! Eclats de rires .. ! ! La pauvre ne s'en remettra pas et viendra encore s'excuser le dimanche lors de la remise des prix.

 

Le moment qui m'as mise en état de trop plein s'est produit avec l'arrivée de Merca.. fidèle compagnon et ami ..

Les larmes intarissables de l'enchantement de le voir arriver sous les vivats et le champagne !

La force de l'étreinte qui dit tout sans le moindre  mot.

Le « j'ai crié pour toi en descendant Bertone » .

La douleur égoïste de penser que « j'aurais dû arriver avec lui ».

L'immense bonheur de sa réussite tant méritée.

Tout se mêle pour faire exploser les émotions par tous les pores de mon être.

Ce trop de trop durera des heures et des heures ... des jours et des jours.. où je me sentirai comme un puits de pétrole qui ne cesse de déborder et dont je n'arrive pas à colmater la fuite !

 

 

Une nouvelle aventure qui m'aura marquée au fer rouge, par sa dimension humaine hors du commun.. par sa convivialité de gens au cœur géant.. par sa beauté naturelle incommensurable.. par son originalité enveloppée d'une organisation impeccable.. et par ses leçons de vie uniques !

 Merci à tous ceux qui m'ont aidées et m'aideront encore, j'en suis sûre .. si d'aventure je décidais de retenter l'aventure ;-)

 

 

mardi 07 juin 2011 11:54


GRP - 150km 9000D+

Ce CR, j'hésitais à le diffuser.. je ne voulais en aucun cas que certains portent un faux jugement sur l'organisation du GRP..

Alors je l'ai juste envoyé à quelques amis, puis à l'organisation..

La réponse de Michel m'a bouleversée.. alors j'ai décidé de le diffuser.. en y ajoutant le vrai ressenti de Michel : "Samedi, vers 9h, quand tous ceux qui étaient partis de Villelongue sont arrivés à Cauterets, que j'étais sûr que personne n'était perdu et alors que j'avais passé la nuit à geler, j'ai pleuré de fatigue et de fin du stress accumulé.. les deux semaines suivantes je m'en suis voulu d'avoir trop demandé aux bénévoles, d'avoir été trop exigeant en leur demandant de courir partout, de vouloir le meilleur pour les coureurs.. je me suis posé beaucoup de questions.."

Tant de choses à lire entre ces lignes !

Et si nous, coureurs aux rêves fous, tentions de voir au-delà de notre confort, de notre recherche égoïste du "succès à tout prix".. si nous tentions de voir sous un autre angle.. alors nous pourrions dire que vraiment nous avons atteint "l'esprit trail" !!

Encore merci à tous pour cette extraordinaire aventure humaine (je n'ai cité que Michel dans mon CR pour ne pas alourdir le récit, mais bien sûr il représente l'ensemble des organisateurs et bénévoles du GRP !)

 

 

 

Je m’appelle Chantal, dossard 112.

Je m’appelle Michel, organisateur, BENEVOLE.

(Le texte en italique est produit de la pure imagination de la rédactrice et se veut avant tout un hommage à tous les bénévoles du GRP)

Cette course, j’en rêve depuis des mois.

Les quelques images glanées depuis un an me laissent entrevoir un monde sauvage, grandiose, intime et chaleureux ..

Cette course, j’en rêve depuis des mois.

Rêves ou cauchemars ?

Mon entraînement n’est pas top mais je me sens prête à affronter " la bête ".

On m’a parlé de " parcours très difficile ", " mauvais balisage ", " trop de cailloux ".. mais je n’en ai cure, les cailloux ne me font pas peur et j’accorde ma pleine confiance aux organisateurs !

Il faut penser à tout, du balisage aux ravitos, des inscriptions au matériel, de l’informatique à la gestion des bénévoles.. la liste est infinie.. les heures de travail sont infinies.. mais la motivation et l’envie de faire découvrir la région dans une grande fête de l’amitié sont infinis aussi !

Vielle-Aure !

Quel village magnifique, magique, pur et authentique !

Remise du dossard avec petits cadeaux du terroir (miam miam), papotages détendus avec les quelques têtes connues, pasta party bien garnie, balades en toute décontraction.. la vie est belle !

 

Vielle-Aure a accepté d’accueillir notre course !

Village magnifique, magique, pur et authentique !

Un gsm dans une main, un talkie-walkie collé à l’oreille, l’autre oreille écoute les incessantes questions et les jambes ne cessent d’aller à gauche, à droite, d’un pas pressé, d’un pas de trot.. chapiteau, pc course, salle des fêtes, re chapiteau, re pc course.. l’esprit est en pleine ébullition

Vendredi , 5h du mat.. enfin le départ.

Le cœur bat la chamade.. tant de questions défilent dans ma tête..

Vais-je réussir à passer les premières barrières horaires, vais-je être capable de dominer le terrain chaotique, vais-je tenir éveillée la seconde nuit..

Heureusement j’ai le soutien smstique des amis pour me donner confiance..

 Vendredi, 5h du mat.. enfin le départ.

Le cœur bat la chamade.. tant de questions défilent dans ma tête..

Des coureurs vont-ils se perdre, y en a-t-il qui vont chuter, se blesser.. le matériel informatique va-t-il suivre.. les ravitos seront-ils fins prêts ..


Heureusement, j’ai le soutien de l’équipe ..

 

Chantal, dossard 112, seule face aux kilomètres qui s’égrainent lentement..

Je suis obsédée par le timing, je suis nulle en montées.. et la première barrière horaire m’a l’air serrée.. le stress !

Pourtant tout se passe bien, j’ai de bonnes sensations dans le raidillon du Col de Portet, que j’atteins en 3 heures, dans le timing prévu, puis j’enchaîne les parties techniques sans trop de souci, la météo me convient à merveille (petite bruine et nuages bas), mon estomac laisse tout passer (enfin tout.. tout ce que je digère d’habitude quoi ;-), le balisage est nickel.. et j’atterris à Artigues à midi, une heure avant cette foutue barrière horaire (rien que ce nom me donne des boutons ;-)

 Mais bien sûr cette portion ne se résume pas à un timing, une météo ou des sensations.

Il y a surtout.. il n’y a QUE des paysages à couper le souffle..

Roc et bruyères mêlent leur tons natures pour rehausser la blancheur des cailloux et les bleutés profonds des lacs.

Les sentiers épousent les courbes du relief en se jouant des obstacles qu’ils sautent d’un air taquin.

L’horizon infini frustre mes yeux, trop petits, trop proches.. trop faibles pour emmagasiner le tout dans sa splendeur majestueuse.

Les lacs trônent dans le paysage comme des perles de nacre dans leur étui montagneux, ils s’enchaînent en livrant chacun une beauté particulière : le turquoise pour l’un, la petite taille pour l’autre, les rivages escarpés pour le suivant, les reflets chatoyants des sommets dans l’onde calme pour le dernier.. oh non.. pas le dernier déjà !

Les chevaux sauvages nous gratifient de leur calme élégance que seules les balises semblent perturber (j’en ai vu un qui en arrachait une pour l’emporter dans un galop fougueux !).

Partout les cloches résonnent, son aigu pour les moutons, grave pour les vaches .. parfois étouffé et mystérieux dans le brouillard qui s’épaissit.

Vision de charme ensorcelant de cette brume qui franchit le barrage des Laquets, s’étalant comme une crème onctueuse qui déborde avec force volutes sur les eaux lipides.

Le sommet du Sencours m’offre aussi un court instant de magie : le Pic du Midi se dévoile avec pudeur derrière un voile blanchâtre, fond d’un décor de carte postale.

 

La course , Villelongue.

Tout se passe super bien, même le passage des chaînes ;-) .. heureusement le brouillard nous cache l’aplomb ; certains tronçons chaotiques me rappellent la PTL. J’arrive même à doubler un traileur dans une côte, du jamais vu !

A Hautacam je vois Sandrine emmitouflée sur une chaise, elle me dit qu’elle a froid et faim.. je la bouscule un peu et l’entraîne dans ma course descente vers Villelongue.. 11 km en 1h40.. super ! J’ai une pêche d’enfer ! Les quadriceps me tiraillent un peu mais à part ça pas le moindre bobo, la moindre fatigue, le moindre coup de mou .. le moral est au beau fixe.

Il est 20h40 quand nous arrivons à Villelongue, 2h20 d’avance sur la barrière horaire, mais 1 seule sur mon planning

Sandrine hésite sur le fait de poursuivre ou pas, je la motive un peu et lui dit qu’on va repartir ensemble, je compte m’arrêter ¼ d’heure, maximum 20 min s’il faut l’attendre.

J’enfourne une soupe et quelques pâtes jambon puis m’installe pour " noker " mes pieds.

Il y a 5 à 10 minutes que je suis arrivée à la base de vie. C’est à ce moment qu’un coureur m’annonce la nouvelle : la course est arrêtée ! Je pense qu’il blague mais il insiste et m’en explique les raisons : poste de secours saturé à Turon de Bene, problèmes de sécurité .. je dois donc bien me rendre à l’évidence. Pour la deuxième fois cette année, j’ai l’impression de recevoir un coup de massue sur la tête..

Avec quelques autres coureurs, nous discutons de cette décision mais sommes tous d’accord pour admettre que s’il y a des problèmes de sécurité la raison doit l’emporter !

Puisqu’il en est ainsi je m’octroie un énorme pain saucisson/fromage, enfile des vêtements secs et rejoins Sandrine dans la tente des kinés pour le dessert.

Nakuna y est, il me donne des nouvelles de Gandhi : ça ne va pas , il souffre terriblement d’une tendinite à la patte d’oie (il finira par jeter l’éponge au km 91, après 40 km d’une souffrance devenue insupportable !)

Nous attendons le bus dans la résignation..

Après 45 minutes une autre nouvelle tombe, je retranscris ici le message tel que je l’ai enregistré "ceux qui veulent repartir peuvent le faire mais ils doivent passer un par un devant le médecin puis redémarrer en groupe ; de plus le temps est très mauvais, il y a du brouillard et les balises ne sont pas visibles " : je ressens ce discours comme ambigu et perturbant  ! ! même Monsieur le Maire de Villelongue insiste : il ne faut pas aller en montagne, c’est trop dangereux !

Je pense à redémarrer.. mais durant cette petite heure écoulée mon esprit a sans doute déjà abandonné la partie : je dois me rechanger, me noker, attendre le passage chez le médecin, trouver un groupe qui voudra de moi, espérer que le surplus alimentaire ne me rendra pas malade et tout ça pour quoi ? : risquer de me perdre dans quelques heures, quand le peloton m’aura larguée dans la montée !

Puis j’ai perdu une heure, moi qui suis déjà si proche des barrières horaires.

Je vois un petit groupe qui s’apprête à redémarrer, une dame porte un pantacourt " de ville " ! .. si je me dépêche.. mais non ça me semble impossible et surtout, surtout tout à fait irraisonnable !

Le drame du Mercantour plane dans mon esprit..

 

La course, Villelongue.

Tout se passe bien au niveau des balises, les coureurs ne se perdent pas. L’équipe de bénévoles court en tous sens pour vérifier que tout est en ordre.. Ouf .. pas de problème !

Le poste de secours de Turon de Bene me signale qu’il est débordé : hypothermies, blessures diverses.. la tente est saturée.. vu l’endroit et la nuit venue les évacuations sont difficiles, lentes.. si de nouveaux coureurs sont en difficulté.. il sera impossible de les prendre en charge..

On m’annonce aussi une visibilité réduite sur le Cabaliros, brouillard et nuit conjugués..

Que faire dans ces conditions : il n’y a guère d’autre solution que de neutraliser la course, le temps de procéder aux évacuations..

La procédure est lancée..

Le message passe de talkie-walkie en gsm..

La base de vie de Villelongue est avertie, Hautacam aussi..

Je sais que certains coureurs vont râler, mais la sécurité prime..

 


 

J’attends, le temps passe.. ce temps si précieux aux coureurs (surtout aux derniers, ceux-là même qui ont été arrêtés).. j’attends ..

 

 

 

Enfin les infos sont meilleures.. je peux faire redémarrer la course..

Le stress m’étreint..

 



 
Le drame du Mercantour plane dans mon esprit..

Samedi matin

Après quelques heures passées dans l’auto de Sandrine (mmm on était bien sous la couette J ), nous assistons au départ du " Grand ", ambiance tout aussi chaleureuse que la veille.

Petit déjeuner au bar/tabac où le staff nous offre gentiment un bout d’omelette aux cèpes (ah le bon côté des choses : on abandonnerait rien que pour une bouchée de ce délice !).

Passage au pc course où j’apprends que Gandhi sera bientôt rapatrié à Vielle Aure..

  

La journée passe dans un mélange de mélancolie, de rage, de tristesse, d’alternance culpabilité/ non-culpabilité .. !

  

Samedi matin

Après quelques heures supplémentaires sans sommeil, je passe au pc course.


Papa tient les commandes informatiques depuis plus de 24h.

Ma main se pose sur son épaule, dans un mouvement d’infinie tendresse et de profonde compassion, le ton de la voix est aussi chaud et admiratif que les paroles " ça va Papa, tu tiens le coup ? "


La journée passe dans un mélange de fatigue accumulée, de cogitation intense, d’allers et venues en tous sens..

La remise des prix.

Le podium nous livre une gerbe de paroles émouvantes, tant du côté de Monsieur le Conseiller régional que du côté des vainqueurs : humour, amour, esprit trail s’y côtoient sans faux semblant, sans pudeur mais en toute simplicité : un bonheur inouï emplit l’air comme des myriades de gouttes éclatant dans nos coeurs ..

Et moi je pleure de me sentir solidaire de cette noble famille.
Orguégoïstement je voudrais porter ce t-shirt brun et rose des vainqueurs, de tous les vainqueurs du GRP : ceux qui sont allés au bout !

Mais le bonheur des autres est plus fort que mon petit malheur.. alors je souris à la vie et pense déjà à la revanche !

La remise des prix.

Le podium me livre un profond moment d’émotions.

Je suis heureux

 

Les applaudissements de reconnaissance du public amassé sur la place combinés aux paroles d’amitié des médaillés me vont droit au cœur.

Le bonheur des participants est plus fort que tout.. alors je pense déjà à l’année prochaine !

   

  Chantal, dossard 112, seule face au futur..

Depuis ce vendredi 28/08, je me suis passée et repassée le film des milliers de fois…

Et si j’avais été plus combattive ? Et si j’avais réfléchi plus vite, mieux, autrement ..ou moins ! ? Tout a basculé sans que j’aie eu l’impression de vouloir abandonner.. et si tout au fond c’était ce que je voulais ? ?   Et si j’avais eu d’autres infos ? Et si .. et si.. et si..

Puis est arrivé ce moment où mes yeux se sont ouverts au futur : je referai cette magnifique course l’an prochain, je profiterai pleinement de la beauté des lieux, d’une organisation sans faille, d’un parcours hors norme, des amitiés et de la solidarité du monde du trail..

Oui, c’est sûr, Chantal, dossard xxx prendra le départ pour une nouvelle aventure au GRP en 2010 !

Merci Michel, organisateur, bénévole.. pour et au nom de tous les autres, merci pour ce GRP.. et le suivant ! ;-)

  La Castafiore, août 2009.

Ps pour les Célestes " polonais " : deux frontales avec piles neuves + piles de rechange.. pour ½ heure d’utilisation, même plus peur des chaînes, de l’arrêt ou de l’abandon : cette année j’ai grandi en humilité et en raison ! ! ;-)

mercredi 06 juillet 2011 11:28


La trace de l'ours des Tatras - Pologne juillet 2009

Comment écrire un cr quand on a une boule dans la gorge ? jusqu’ici j’aimais faire partager mes joies, mes émotions, mes moments de doute, de lassitude, d’efforts.. je n’avais jamais eu à faire partager un " échec ".. dois-je le faire ?

Non sans doute mais je dois quand même faire revivre tous les bons moments, toutes les leçons aussi.. pourvu qu’elles puissent en aider d’autres

Je voudrais arriver à rendre aussi bien la multitude de choses belles et riches que j’ai vécue, c’est si difficile avec ce goût amer en bouche..

 

 

Avant le voyage : un laisser aller général après les SDL.. pas trop d’entraînement et du chocolat à gogo .. puis une fatigue qui perdure .. et je ne fais rien pour l’enrayer..

Une petite phrase de Cocotte me met la puce à l’oreille " des vacances repos, vous n’en prenez jamais ? " .. j’ai envie de lui dire que j’en rêve et en même temps j’aime tant le trail, j’aime tant bouger.. vivre et profiter de la nature

 

Après un long voyage nous arrivons au premier gîte, dont le propriétaire est un apiculteur passionné et passionnant… découvertes géniales.. l’ambiance est au beau fixe… je suis heureuse de me sentir si bien dans ma famille céleste..

 

Une mauvaise nuit (j’en passerai 5 d’affilée) et voilà la première étape.. 52 km sous le soleil

Même en essayant de me ménager, je souffre, transpire beaucoup mais le paysage est grandiose, je savoure du début à la fin… et je découvre la gentille Zaina, la gazelle qui me tient compagnie car elle n’a jamais fait plus de 42km (en 3h04 ! que fait-elle à mes côtés ? ? ! !) et a peur de se griller trop vite

Après 10h d’efforts, j’arrive assoiffée (merci Bugs) mais tellement bien ! !

Soirée hyper sympa entre célestes… la vie est belle !

 

Deuxième étape : 42 km : ça va aller !

Sans la P’tite Claude et Gott qui m’ont guidée et haranguée puis Merca qui nous a pilotés de main de maître, j’aurais déjà perdu une énergie folle dans ces 12 premiers km .. surchauffés mais sous balisés ! ! ;-) Je me sens molle, sans entrain, je sue trop.. mais toujours ce magnifique pays me tient en éveil, la présence de mes frères et sœurs célestes me donne le courage qu’il faut pour arriver au 1er ravito

Je repars assez vite, laissant Merca et la P’tite Claude à leurs cloques et bidons, persuadée qu’ils me rattraperont très vite dans la montée

Au sommet du col, rien, je me retourne depuis un temps mais ne les vois pas.. le vent souffle avec une vigueur qui me plaque sur le talus.. tant pis, je continue seule..

Je finirai cette seconde étape sans souffrir, en 9h, toujours émerveillée des paysages grandioses et les yeux emplis de papillons, myrtilles et autres décors champêtres

En début de soirée, alors que je me relaxe sur mon lit, j’entends les célestes rire et déconner en terrasse, je souris, seule mais si près d’eux !

 

L’étape du lendemain est annoncée comme difficile, des discussions s’entament autour du passage du Mont Rysy.. qui veut y aller ? moi bien sûr .. mais on parle de groupes, je ne veux pas pénaliser les autres par mon allure d’escargot paraplégique, alors avant de dormir un peu ma décision est prise : je n’irai pas, je ferai l’itinéraire bis

Au lever, autre nouvelle : on monte tous ensemble jusqu’au lac, où le guide doit nous rejoindre, le chrono sera neutralisé jusqu’au passage du sommet du Rysy : ah bin alors j’y vais ! je ne gênerai plus personne ainsi et après le passage chacun pourra évoluer à son rythme

Nous voilà tous au lac, certains partent sur l’itinéraire bis, briefing du guide (s’il pleut on fait demi-tour !) le gros de la troupe se lance à l’assaut de la montée d’approche du Mont Rysy

Il est convenu qu’un premier groupe avec les 10 plus rapides partira avec le guide et que les autres attendront son retour avant le passage des chaînes

Je monte lentement, me couvre bien vite car il fait froid, pluie, grisaille, brume… le tout ponctué du bruit d’éboulis qui se fracassent (pourvu que les premiers soient en sécurité ! !)

Quand j’arrive au pied des chaînes, je trouve 7 personnes frigorifiées.. se tapant dans le dos ou sautillant tant bien que mal pour essayer de maintenir un semblant de chaleur…ils me disent qu’ils ont vu partir la première équipe avec le guide et qu’ils attendent maintenant depuis 45 minutes ! bigre… quelle galère, Zaina tremble comme un feuille morte, elle me fait peur !

Quand le guide revient enfin (après plus d’une heure d’attente pour les autres) le groupe se scinde : 3 décident de redescendre, vaincus par le froid, Philiot est déterminée à continuer.. les autres hésitent.. puis Le Loir dit " j’y vais " .. suivi du Galopeur, de Luc.. et je décide d’y aller aussi dans la foulée..

Pourtant je vois bien que ce ne sera pas du gâteau pour moi : les pieds glissent (eh oui, il a encore plu depuis) .. les bâtons me gênent, les prises sont éloignées.. c’est physiquement très dur ! Le Loir doit déjà m’aider pour le premier passage ;. après le premier tronçon de chaînes le guide prend mes bâtons.. et j’avance sur le second tronçon de chaînes.. je sens que je n’ai pas assez de force pour me hisser avec les bras, les autres avancent bien.. ils doivent m’attendre à la fin de cette deuxième série..

Philiot se tourne vers moi.. elle me fait part des propos que le guide vient de tenir : il pense que c’est trop difficile pour moi et que vu ma lenteur et la longueur de ce qu’il reste à faire il vaut mieux que je fasse demi tour..

J’ai l’impression de recevoir un coup de massue sur la tête… une énorme boule se cale dans ma gorge..

Pourtant au fond de moi je sens qu’il a raison à 200%, même si je n’ai pas la moindre conscience de ce qui reste à parcourir après, j’ai par contre pleinement conscience que c’est trop dur pour moi, que je suis trop lente à chercher les prises, trop faible pour tirer sur les chaînes.. bref je sens que là j’ai atteint mes limites ..

Pourtant j’ai du mal à digérer le fait.. " les randonneurs eux y arrivent bien, pourquoi pas moi ? " .. je redescends dans un mélange de rage et de profonde tristesse…

Lorsque je retrouve Zaina, Le Gaumais et Frenchie au lac, j’éclate en sanglots.. ne pouvant cacher ma déception !

Mais qu’ils sont chouettes mes camarades : une soupe chaude, un thé brûlant, sourires et boutades. Et hop je me sens déjà presque bien ! ;-)

Le guide est déjà arrivé au Lac aussi, ouf il nous rassure sur l’avancée des autres puis nous conseille de rentrer .. en bus ! ! Zaina est morte de rire.. en bus ! ! non mais ! ! (pourtant Le Copère aurait acquiescé lui ! ;-)

Nous voilà donc tous les 4 sur le bis.. une pure merveille de chemin.. tout y est : beauté, solitude sauvage, camaraderie, rigolade.. on aime tant ça qu’on prolonge un peu par la voie " Frenchie " .. mais on s’en fout.. on est si bien !

 

Petite crise de nostalgie à l’arrivée, je me sens nulle, pas à ma place, je suis " une mauvaise fée céleste "… le seul moyen que je trouve pour me réconforter c’est que " demain je ferai toute l’étape, foi de moi ! ! "

 

 

 

 

 

Et c’est là qu’on se rend compte (après coup, bien sûr !) qu’une série de " malentendus-incidents-déraison "… pourrait mener à l’accident réel car la montagne ne pardonne RIEN..

1° Le matériel obligatoire : je n’ai jamais compris que la liste remise avant le départ était ce qui devait se trouver à tout moment dans le sac.. on avait annoncé que la liste serait définie chaque matin avant le départ de l’étape.. ce matin là, en l’absence de consigne, j’ai décidé d’alléger au max.. j’étais si fatiguée ! j’ai donc pris la bouffe, la veste, couverture survie, sifflet, boussole, plans.. eau, casquette .. et rien d’autre.. tout cela me semblait largement suffisant

2° Le terrain : comment n’ai-je pas regardé plus attentivement ma carte ? habituée à être briefée par mon ami Merca.. ou à suivre ses plannings (même pas foireux ! ;-) ? comment n’ai-je pas capté que cette dernière étape serait " de la haute montagne " ? les deux premières étapes étaient dures, certes, mais rien de vraiment " montagnard " .. je n’ai que peu eu l’occasion d’apprécier la troisième dans son aspect montagne.. j’étais donc partie pour une étape difficile, longue.. mais franchement j’étais à des années lumières de la voir comme une étape de haute montagne, avec autant de difficultés qu’à l’UTMB pex.. je n’ai aucune excuse, loin de moi l’idée de vouloir me justifier, je veux juste graver les mots pour ne jamais plus oublier ce qu’est LA MONTAGNE ! !

3° Le timing… me rendant compte avant le premier ravito que ça grimpe sec et que le mot " crêtes " ne veut pas dire " ça roule " ! !.. je commence à calculer mon heure d’arrivée potentielle.. ma conclusion est que si j’arrive au ravito pour 13h30 (18 km parcourus.. oui je sais, j’ai oublié que le chiffre n’était plus juste !.. ça nous fait du 3.5 km/h .. vu qu’il en reste 22/24 je devrai pouvoir finir l’étape pour 20h30 au plus tard, même si je ralentis un peu ça me fera 21h.. quelle confiance en mes calculs ! !

4° Mon égoïsme, mon arrogance, ma soif de revanche sur l’étape de la veille… quelle idiotie.. quelle déraison, quel entêtement complètement stupide : je n’avais qu’une idée en tête : faire toute cette étape.. quel qu’en soit le prix, on m’avait arrêtée une fois, on ne m’arrêterait pas une deuxième ! !

 

Dans mon inconscience j’ai entraîné Zaina, la gentille gazelle si naïve et confiante.. et Le Gaumais aussi, même s’il est resté avec nous parce que je savais bien lire la carte (il n’aurait plus manqué que ça ! !) .. il a quand même dû subir ma lenteur extrême.. sans moi il aurait terminé dans d’excellentes conditions !

N’empêche, nous avons formé une équipe involontaire, mais une sacré équipe quand même : pas une plainte, pas un reproche, que de l’entraide et des encouragements ..

 

Et voilà l’étape longue, interminable, où l’avancée est cruellement lente, même si les descentes me permettent de récupérer un rien sur le retard pris dans les montées, il n’y a pas moyen de courir.. la progression n’a rien à voir avec ce que j’avais calculé !

Je m’inquiète assez vite de savoir si un de nous 3 a une lampe : moi je l’ai snobée, Zaina s’estime toute heureuse d’avoir pris sa veste.. heureusement Le Gaumais a sa frontale

Je réfléchis très vite : si on doit progresser de nuit (ce qui semble inévitable) on devrait pouvoir se débrouiller sur la dernière portion qu’on a déjà faite après le ravito.. avec une lampe pour trois…

Le temps est incertain, de gros nuages noirs tournoient au loin, le vent chasse fort….

Je ne cesse de scruter l’horizon .. si une drache s’abat sur nous, ce sera terrible..

Dans ce moment de galère arrive un " miracle de bonheur " : un troupeau de chamois, dont une dizaine de petits, traverse le sentier sous nos yeux, ils s’arrêtent pour nous regarder passer.. mon cœur palpite, j’enregistre les images à la vitesse de l’éclair.. elles sont si rares, si uniques, si pures ! !

 

La chance est avec nous, la météo reste clémente et lorsque nous basculons sur " le vert ", je sais que plus rien ne pourra nous arriver .. si ce n’est un moment de pénombre !

Petit coup de fil à Maya : on le rassure sur notre état : on a encore à boire, à manger, on n’a pas froid, on finira sans doute dans le noir, mais je juge qu’on peut le faire sans trop de problème, inutile de faire déplacer l’organisation au point du ravito 2 pour nous récupérer.

 

La descente est longue, néanmoins on retrouve le sourire, on papote tout en avançant d’un bon pas, l’objectif est d’atteindre le parcours connu avant la tombée de la nuit.. et surtout ne pas se tromper de chemin ! On prend donc la peine de s’arrêter aux bifurcations, on contrôle, tout va bien.. on laisse le " noir " sur notre droite au moment où la clarté nous abandonne.. la nuit est étoilée mais dans les bois ça ne nous aide pas vraiment ! On marche sur des gros cailloux blancs, pas besoin d’éclairage.. c’est chouette ! Pourtant ça monte, je me traîne alors que je voudrais tant avancer … la tête me tourne, le souffle me joue des tours… et je ne cesse de penser à mes compagnons d’infortune : dans quelle galère les ai-je entraînés par mon égoïsme arrogant ?

Enfin la dernière descente est là.. quand je dis " enfin " façon de parler.. car c’est là que le trio devient lamentablement peu performant : Le Gaumais fait qqs mètres avec sa frontale, puis s’arrête, se retourne pour nous éclairer, nous progressons jusqu’à lui, nous arrêtons.. et c’est reparti pour un nouveau cycle. on a beau devenir vachement bon en synchro, par contre qu’est-ce que ça n’en finit pas !

Deux yeux dans le noir (un sanglier ?) ont bien fait avancer Zaina plus vite un moment.. puis j’ai pensé à m’éclairer au gsm (si si.. ça marche !) mais bien trop tard !

 

Puis encore un moment inoubliable dans ma petite vie de traileuse : une frontale, une voix, qqun vient à notre rencontre : c’est Alone.. ! ! ! Lui qui a déjà couru 4 étapes … il est là.. venant nous aider ! Oula.. quelle émotion !

Puis j’entends d’autres bruits : c’est la P’tite Claude, Iron et Fieu ! !

On est tellement heureux qu’on aurait presque envie de leur sauter au cou.

Je prends seulement conscience des tracas que j’ai occasionnés aux GO et à tous ceux pour qui nous comptons..

15h30 ! c’est le temps qu’il va nous falloir pour boucler cette étape d’environ 49 km  ( ? ? ? j’avais cru comprendre 40/42 ? ? ?)! je crois que je n’ai jamais fait pire ! !

 

Après, il y aura les engueulades, la fatigue extrême, la honte totale, le dégoût de moi même ..

Mais il y aura surtout : le morceau de tarte qu’on m’a gardé, la force de l’émotion quand la P’tite Claude trahit sa peur en me serrant dans ses bras, le sms de mon très cher ami Merca, les paroles de Jupal, l’émotion de Maya, le pardon de Roger, l’anniversaire de Frenchie, le mail de Béatrice.. toutes ces " petites choses " qui seules comptent et font grandir..

 

Puis il y a ces leçons que jamais je ne pourrai oublier :

  •  

  • je ne partirai jamais seule en montagne, et si possible je resterai avec qqun de sage et raisonné dans l’équipe ! ;-)
  •  

  • je ne partirai jamais plus sans frontale en montagne, ;
  •  

  • j’accepte mes limites, je ne suis pas " La Casta " avec un grand C, je ne suis rien, qu’une femme ordinaire.. avec " rin l’panse " ! !
  •  

  • je ne peux mettre en péril une organisation entière en raison de mon entêtement borné
  •  

  • finis les plannings et prévisions à la mordmoilenoeud ! j’ai un ami expert en la matière !  ;-). ;

 

 

 

 

 

Finalement, les péripéties oubliées, il reste en moi la beauté sauvage et l’immensité intacte des Tatras, les richesses flamboyantes de Cracovie, la passion de ce pays que Maya a su nous communiquer, les richesses de l’amitié et du partage, la conscience du travail énorme fourni par les Go pour nous concocter ce magnifique voyage et puis … mon amour infini de " la Célestie " ..

 

 

 

La casta 29/07/09

mercredi 06 juillet 2011 11:28


L'après Tatras

Réaction à la lecture de mon CR :

" Ce sont des rires, des sourires, et des pleurs…

C’est de l’amour, de la tendresse, de l’amitié…

C’est du vécu pendant et après…

C’est faire de ses faiblesses des forces…

C’est du respect débordant pour les autres...

..

Partage-le avec certains, avec tous, comme tu en as envie…
Laisse-toi guider par tes émotions

Ne crains pas de " nuire ".. au contraire, en te dévoilant tu offres ta confiance…

Ceux qui te connaissent comprendront… "

Dialogue avec un GO :

JMX : " Pour la 4ème étape on aurait dû t’arrêter ! De force ! .. Mais je te pardonne .. " 

Ma réponse : " Je crois que personne n’aurait pu m’arrêter à la 4ème étape, même pas le costaud P’Tilou ! J’aurais continué.. en off.. seule.. et donc dans de bien pires conditions ! Face à mon orgueil, les GO m’ont finalement sauvée ! "

mercredi 06 juillet 2011 11:28



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